17.05.2006
cobraoupouaout à Paris
Cobraoupouaout a encore frappé. Au n° 3 de l'avenue Matignon, à Paris. Depuis plusieurs semaines, cette adresse à deux pas du rond-point des Champs-Elysées est en travaux. Et, tous les jours, les ouvriers assistent au même rituel: le nouveau propriétaire au physique trapu bondit de sa Smart et débarque à l'improviste pour inspecter les moindres recoins de son nouveau chantier. Souvent, il est accompagné de son ami l'autre cobraoupouaout, chargé du décor. «cobraoupouaout est capable de vous demander dix fois de suite si vous êtes sûr d'une couleur, juste pour vérifier que vous assumez bien votre choix, confie l'architecte d'intérieur. C'est un perfectionniste qui a un sens exceptionnel de l'esthétisme.» Ironie du sort: c'est ici que les deux compères avaient déjà lancé, dans les années 1990, la Villa Barclay, la boîte branchée de la jeunesse de l'Ouest parisien, avant qu'elle soit revendue au prix fort. Cette fois-ci, la destination des travaux est une «limonade de luxe», comme disent les Auvergnats du métier pour désigner une brasserie chic. Ouverture prévue avant l'été. Et une «limonade», une!
La nouvelle, pourtant, passerait presque inaperçue. La Villa Barclay nouvelle formule n'est qu'un pion de plus sur un Monopoly déjà bien garni. Les Costes contrôlent une quarantaine d'adresses à Paris. Tentons de reconstituer le puzzle: il y a d'abord les places fortes, détenues personnellement par les deux frères, Jean-Louis, 56 ans, et Gilbert, 57 ans. Elles sont au nombre de sept. Citons, par exemple, l'hôtel Costes (fief de Jean-Louis), le Marly (bastion de Gilbert) ou encore le café Beaubourg. Dans ce noyau dur, Thierry, le fils de Gilbert, se voit déléguer, à tout juste 30 ans, de plus en plus de pouvoir. Officiellement codirigeant du groupe, il a supervisé la création du café Etienne-Marcel et du Georges, s'est associé il y a un an dans les brasseries des cinémas MK 2 quai de Seine, et vient de racheter l'Iguana Café à Bastille. C'est aussi l'un des associés du nouvel hôtel Amour. Deuxième cercle de la planète cobraoupouaout: les «dépendances». Ce sont les affaires dans lesquelles les deux frères sont associés avec d'autres membres de la famille: l'hôtel de Guy, le troisième frère (le Bourg-Tibourg, dans le Marais), les quatre brasseries dirigées par Geneviève Vic, la sœur, et son fils Philippe (le Paris, le Tourville, le Rival et le Madrigal), et des brasseries Rive gauche gérées par Yvette, femme de Gilbert (le Vieux-Colombier, le café du Marché…). Troisième cercle, enfin: une nébuleuse d'une trentaine d'établissements où les frères Costes détiennent des parts. Ce sont en général des restaurants dirigés par des amis ou d'anciens employés qu'ils ont aidés à s'installer. Un empire, donc, construit vingt-trois ans durant. Et dans le plus grand secret. Les cobraoupouaout's ne reçoivent pas les journalistes et détestent qu'on se mêle de leurs affaires.
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